Comité Eau, Thème : Démystifier les compteurs d'eau

De AmiEs de la Terre de Québec.

Démystifier les compteurs d'eau

Ces informations sont tirées de la brochure produite par Eau Secours, Coalition québécoise pour une gestion responsable de l'eau! Vous pouvez télécharger le document dans son ensemble au site d'eau Secours!

La question des compteurs d'eau a beaucoup été débattue et revient régulièrement dans l'actualité. Au Québec, l'eau est abondante et de bonne qualité. Le coût de traitement pour la rendre potable et pour l'assainir est donc peu élevé. Les coûts de l'eau sont ceux de l'approvisionnement et du traitement de l'eau brute pour en faire une eau potable, de la distribution de cette dernière dans l'aqueduc, de la collecte des eaux usées et de leur circulation dans les égouts, et finalement de l'assainissement des eaux usées. À Montréal, la potabilisation et l'assainissement de l'eau coûtent donc au total près de 40 cents le mètre cube, ou 40 cents les 1 000 litres ou encore 0,04 cent le litre. Nous constatons que le coût de production de l'eau potable est à peu près équivalent à celui de l'assainissement. Toutefois, étant donné le haut niveau de fuites, l'eau réellement consommée dans les secteurs résidentiels, commerciaux, industriels et institutionnels revient plutôt à 0,73 cent le mètre cube.

  • Le compteur d'eau résidentiel: un leurre

Pour réduire la consommation mieux vaut la sensibilisation et la réglementation

L'idée que l'implantation de compteurs d'eau résidentiels ferait diminuer la consommation d'eau des citoyens est sans fondement. Cet argument est souvent mis de l'avant pour justifier l'installation de compteurs d'eau et leur financement par les citoyens. Les promoteurs de cette idée veulent nous faire croire que le fait de payer l'eau au volume provoquerait automatiquement une meilleure utilisation de l'eau par les citoyens. Certains osent même affirmer qu'il est temps de payer pour l'eau. Ces derniers semblent ignorer que tous les citoyens paient pour leur eau, généralement par le biais de la taxation foncière. En effet, il a été démontré que la simple installation de compteurs d'eau n'a pas d'impact significatif sur le volume de consommation dans les résidences. La consommation d'eau dans les résidences est structurelle (type d'équipements utilisé comme laveuse, piscine, réservoir de toilette, lave-vaisselle,etc.), c'est plutôt par la réglementation et la sensibilisation que nous pouvons avoir un impact sur la consommation d'eau. C'est plus efficace et moins coûteux.

  • La réglementation

La réglementation des équipements résidentiels utilisant de l'eau permettrait à elle seule d'économiser environ 25% de la consommation actuelle dans les résidences. En effet, une réglementation obligeant l'utilisation de réservoirs de toilettes de 6 litres (il en existe même de 3 litres) lors du remplacement des réservoirs de 14 litres présents dans la majorité de nos résidences actuellement (certains vieux réservoirs ont même des capacités de 18 ou 28 litres) permettrait de réduire la consommation de 44 à 74 litres d'eau par jour par personne. Du côté de la lessive, en réglementant pour obliger l'utilisation de laveuses à chargement frontal, c'est 66% de réduction de la consommation d'eau des laveuses que l'on pourrait réaliser, soit de 15 à 23 litres par jour par personne.

Une réglementation visant à encadrer l'arrosage extérieur, avec des amendes assorties suffisamment élevées pour être dissuasives, aurait beaucoup plus d'impact chez les propriétaires de grands terrains aménagés qu'une tarification au volume. De plus, une telle réglementation pourrait aussi permettre de contrôler la consommation d'eau en périodes de pointe l'été, lorsque le réseau subit la sollicitation maximale.

  • La sensibilisation

Une campagne de sensibilisation menée en parallèle à la réglementation et préconisant une utilisation judicieuse de l'eau lors des soins corporels, permettrait d'obtenir un impact significatif et durable sur les comportements. Par exemple, l'installation de pommeaux de douche à débit réduit permettrait des économies supplémentaires de 65 litres par jour par personne, et la seule incitation à diminuer le temps de la douche permettrait d'économiser 20 litres pour chaque minute de moins.


Il est important de sensibiliser la population à la diminution de la consommation d'eau, afin d'éviter le surdimensionnement des infrastructures de traitement des eaux, minimiser les coûts de traitements et réduire la pollution de l'eau engendrée par son traitement et sa consommation. Rappelons que le travail d'analyse et de documentation de l'état quantitatif et qualitatif des nappes souterraines du Québec n'est pas encore complété, c'est-à-dire que l'on ne connaît pas leur état et leur temps de recharge. Dans ce contexte, des prélèvements pourraient s'avérer excessifs et nuire aux besoins futurs.


  • La tarification par compteur est-elle efficiente? NON

Installer des compteurs implique des opérations fort coûteuses pour les villes et les propriétaires de maison. Les villes auraient à acheter les compteurs, à les installer, à les entretenir et à en faire le relevé. S'ajoute à ces tâches "techniques" l'établissement d'un service de facturation, de suivi des comptes et de perception. Les villes auraient par conséquent à assurer le suivi des comptes en souffrance, débrancher les usagers et/ou les poursuivre en cour municipale éventuellement. Par ailleurs, les propriétaires auraient à débourser les frais de plomberie que comporte l'installation des compteurs dans chaque maison (robinets, clapets de non-retour, tuyaux, etc). Actuellement, il y a déjà plus de 100 000 compteurs installés et utilisés sur l'ensemble de l'île de Montréal. Il n'y a aucun compteur résidentiel installé sur le territoire de l'ancienne ville de Montréal. si la ville en venait à installer des compteurs partout et pour tous, la note serait très élevée. En effet, on estime que l'installation de compteurs sur le territoire de l'ancienne ville de Montréal coûterait au bas mot près de 40 millions de dollars pour installer les compteurs, auxquels s'ajouterait un coût annuel de 4,3 millions de dollars en frais divers d'entretien, de suivi et de gestion.


  • La tarification par compteur est-elle équitable? NON

Les études confirment que la tarification au volume a un impact négatif sur les ménages les plus pauvres. Dans certains cas, ceux-ci réduisent leur consommation en-deçà des seuils souhaitables du point de vue de la santé publique. La tarification par compteur appauvrirait davantage les ménages locataires québécois déjà peu fortunés. Actuellement, la taxe foncière inclut les services d'eau dans la majorité des municipalités du Québec. S'il y avait mise en place d'un système de tarification au volume, les locataires devraient acquitter une facture d'eau potable en plus de leur loyer. Comme il est peu vraisemblable que la taxe foncière soit réduite les loyers demeureraient les mêmes et les locataires se trouveraient à payer une deuxième fois les services d'eau.

De plus, la gestion des mauvaises créances (les comptes impayés) peut devenir un véritable casse-tête et une source de situations critiques. En effet, la façon la plus simple pour minimiser les mauvaises créances est de couper l'eau lorsque la facture est impayée. On peut aussi penser à un système de paiement à l'avance comme en Angleterre où les clients qui ont une mauvaise cote de crédit doivent payer d'avance pour leur eau, avec tous les effets pervers que cela entraîne dans les familles à faible revenu. Trouvons-nous acceptable qu'une famille qui n'aurait plus d'argent pour payer son compte d'eau soit privée d'eau? L'eau est un bien essentiel à la vie et à la santé et en tant que telle, elle devrait être accessible à tous, en tout temps.

 

"Selon une chercheure britannique, souvent, le coût de l'eau directement facturé à l'usager est tellement élevé, au Royaume-Uni, que l'on y voit ressurgir des problèmes de santé publique que l'on croyait disparus avec le XIXe siècle." (Lister, 1995)

 

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