Comité Sans Fluor, Fluorer ou éduquer ?

De AmiEs de la Terre de Québec.

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Publié le 12 février 2010 à 08h58 | Mis à jour le 12 février 2010 à 08h58

Fluorer ou éduquer ?

Myriam Segal Le Quotidien

Le maire ne croyait pas déclencher un débat si houleux en imposant unilatéralement la fluoration de l'eau potable à Saguenay. Pourtant, le sujet est si délicat que la ville de Montréal a toujours refusé de fluorer son eau, même quand une loi l'y forçait. La ville de Québec hésite toujours. La question oppose les certitudes scientifiques et le bon sens populaire, le bien commun et les libertés individuelles, l'éducation et le paternalisme, et ce depuis plus de 50 ans, dans tous les pays du monde.

La mesure préconisée depuis un demi-siècle par l'Organisation mondiale de la santé vise à contrer les caries dentaires, surtout dans les pays pauvres et chez les démunis des pays développés. On fluore donc 100% de l'eau potable pour qu'une partie du 1% de l'eau bue atterrisse dans la bonne bouche. Le gros bon sens populaire s'objecte à arroser de fluor toute la nature, plus toutes les bouches édentées ou bien entretenues pour un objectif si restreint: le canon pour écraser la mouche! Mais un canon pas cher et sans danger, répliquent à la quasi-unanimité médecins, dentistes, spécialistes de santé publique, bien documentés. Certaines eaux sont d'ailleurs naturellement plus fluorées que la norme prescrite. Paternalisme La méfiance subsiste malgré cette belle assurance scientifique. Pourquoi trafiquer l'eau, symbole universel de pureté? La Ville n'a rien à perdre: le gouvernement paie 100% de la note. Et pour cause: qui assume les frais dentaires des pauvres et des enfants? L'État! Mais l'opposition, depuis quarante ans, vient surtout d'une droite hostile à un État qui s'immisce partout et impose des mesures universelles au lieu de cibler et d'éduquer. L'infantilisation du peuple, le maternage gouvernemental, ont été les enjeux de la fluoration de l'eau bien avant que les verts ne s'en mêlent! On mange trop de sucre, on ne se brosse pas assez les dents? Fluorons toute l'eau! Comme disait un créditiste célèbre en 1970: «les bols de toilette seront plus épais et les brochets auront de bonnes dents!» Par contre, les compagnies de jus continuent à pouvoir dissimuler en petits caractères sur l'étiquette le glucose et le fructose qui pourrissent les dents des enfants et les surexcitent. Les embouteilleurs n'indiquent pas la teneur en fluor de leurs produits. Si on donnait l'information claire au citoyen pour qu'il décide lucidement? Mais comment protéger ceux qui n'ont pas eu l'éducation hygiénique minimale? Fournissons-leur du dentifrice et une brosse à dents chaque mois s'il le faut! Idéologie Le réflexe est courant: accidents de motoneige? Durcissons la réglementation! Accidents de ski, de vélo, ou sur une patinoire publique? Rendons le casque obligatoire! Problèmes d'obésité? Taxons les chips et les liqueurs! Problèmes d'alcoolisme, de jeu, de poker en ligne? Étatisons! Vitesse dans la rue? Mettons un dos d'âne! Le maire a sous-estimé l'importance et la profondeur du débat soulevé par la fluoration de l'eau. Il n'est pas que scientifique, entre docteurs et écolos. Il est idéologique. Et il ne fait pas rage seulement à Saguenay, mais dans tout le monde occidental. Des référendums ont encore lieu souvent dans des villes des États-Unis sur la question, même si on y fluore l'eau plus que partout ailleurs dans le monde. Les résultats sont toujours serrés. La Finlande, l'Allemagne, le Japon, les Pays-Bas, la Suisse, la Suède ont cessé la fluoration de l'eau sous la pression populaire, et choisi d'autres stratégies. En France et en Allemagne, on fluore plutôt le sel. Un récent rapport de l'OMS estime que le fluor ajouté au lait, comme au Chili, atteint l'objectif, surtout si on en distribue gratuitement dans les écoles. On ajoute d'ailleurs déjà des vitamines dans notre lait... Le maire de Saguenay, avec ses réflexes de leader paternaliste, a cru rouler sur un simple nid-de-poule, mais c'était un volcan!