Débat OGM au Musée de la Civilisation
De AmiEs de la Terre de Québec.
- Dazibao no 50 - Hiver 2007
Par Richard Legault, membre du comité Sans OGM
Un débat sur l’agriculture avec des OGM a été organisé le 9 novembre par le Conseil interconfessionnel de la région de Québec en collaboration avec le Centre Québec Ixthus.
L’animateur était Jean-Sébastien Blais, étudiant à la maîtrise à l‘Université Laval. Les panélistes étaient les suivants : William Van Tassel, agriculteur familier avec les Organismes génétiquement modifiés (OGM), région de Québec ; François Belzile, professeur en génétique des plantes, Faculté des Sciences de l´agriculture et de l´alimentation, Université Laval ; Éric Darier, responsable du dossier des Organismes génétiquement modifiés (OGM), Greenpeace, Montréal.
Nous ne résumerons pas le débat car peu de nouvelles informations en sont ressorties. Ce sont plutôt des différences notables de perspective dont il faudrait parler. Les positions des panélistes sont, à notre sens, tellement opposées qu’elles sont irréconciliables.
François Belzile, représentant l’expertise scientifique, a d’abord présenté comment et où se fait la progression de la culture OGM dans le monde. Pour lui, le transfert de gènes est dans la suite logique des choses… il n’admet pas qu’il s’agisse d’un processus radicalement différent du croisement entre espèces qui a permis l’amélioration des plantes, par exemple. Il a illustré ses propos par un simple schéma de transfert de gènes d’un organisme à un autre, ce qui laisse supposer qu’il n’y a pas d’interactions avec les autres gènes à proximité. Sa présentation du genre, «un gène, une fonction, contrôlable par la manipulation génétique », «pas de risques accrus avec les OGM » nous a laissés perplexes ou pantois avec bien plus de questions encore.
William Van Tassel est le bon agriculteur qui cherche plus de rendement à des prix plus bas pour rester dans la course. Il dit que les producteurs sont impuissants face à la concurrence mondiale. Il avoue avoir reçu peu d’information sur ce que sont réellement les OGM …(une seule séance d’information). Il a confiance en l’Agence d’inspection canadienne des aliments (ACIA) et s’oppose à l’étiquetage en raison des coûts supposément engendrés. Notons que l’étude commandée par le gouvernement provincial visant à évaluer les coûts qu’engendrait l’étiquetage obligatoire des OGM au Québec n’a toujours pas été rendue publique…
Éric Darier a posé les vrais enjeux sur la table en débutant par cette interrogation : qui paie les gens qui parlent? (Greenpeace n’est pas subventionné par les gouvernements et les entreprises, mais par la population en général qui l’appuie). Il a rappelé que le public a le droit de savoir et le droit de choisir ce qu’il veut manger. Il a rappelé ces statistiques : 77% des agriculteurs veulent l’étiquetage obligatoire, 2/3 sont en désaccord avec l’usage des semences OGM, 1/3 ne nourriraient pas leurs familles avec des produits OGM, 72% ont noté une légère diminution –ou pas de changement- en ce qui concerne l’usage de pesticides. M. Darier a déploré que les tests des entreprises de biotechnologies ne soient pas diffusés. (voir Rapport du Groupe d’experts de la Société royale du Canada : Éléments de précaution : recommandations pour la réglementation de la biotechnologie alimentaire au Canada).
L’auditoire –peu nombreux- est demeuré sur sa faim, le temps alloué étant très contrôlé et trop restreint. Les questions portaient surtout sur la présence -ou non- d’OGM dans les aliments et sur le fait que les plantes à OGM peuvent absorber -sans flétrir- quantités de pesticides -comme le Round-Up- qui se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire, et également sur le manque de tests et de diffusion transparente et publique des résultats des quand il y en a.
Il y a des leçons à tirer de ce débat : elles peuvent se résumer ainsi:
- Organiser le débat un soir plus accessible et mieux réseauter l’information et la publicité;
- Inviter un nombre égal de pour et contre les OGM dans les mêmes sphères de compétences;
- Éclairer le public sur les vrais enjeux liés à l’environnement, la production agro-alimentaire;
- Se doter d’outils -schémas, présentation Power point, vidéos ou DVD- pour aider à la compréhension et pour illustrer les phénomènes complexes de transfert des gènes, par exemple.
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