Enjeux énergétiques du PSP

Un article de ATQ.

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Dazibao no 53 - Automne 2007


Par Yan Grenier, co-rédacteur du mémoire des ATQ contre Rabaska

& Antoine Descendres, membre du comité Décroissance


Largement inspiré des propositions, émises en 2003 par le Conseil canadien des chefs d’entreprise (http://www.ceocouncil.ca/), le Partenariat nord-américain pour la Sécurité et la Prospérité (PSP) cherche essentiellement à accélérer et à accroître l’intégration continentale des politiques et des pratiques à l’intérieur d’un nouvel espace commun liant les États-Unis, le Canada et le Mexique. Dans le PSP, la prospérité et la sécurisation des avoirs des grands centres urbains et des grandes entreprises sont loin de signifier celles de tous et toutes. L’environnement et la plupart d’entre nous devront porter le fardeau de ces élans d’expansion capitalistes et sécuritaires ne profitant substantiellement qu’à des milieux restreints. Le PSP laisse une place démesurée aux multinationales à travers le Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC), composé des représentant(e)s de 10 grandes compagnies de chaque pays qui établissent l’ordre du jour des réunions des ministres et celles des chefs d’État. http://www.rqic.alternatives.ca/psp/argumentairepsp.doc


Cette tentative d’imposer un cadre pour promouvoir la croissance et la compétitivité économique de l’Amérique du Nord sur le marché mondial soulève des enjeux écologiques et environnementaux importants. Dans le cadre du PSP, certaines « avancées » ont déjà été faites dans les secteurs énergétiques. Le projet de multiplier par 4 ou 5 la production des sables bitumineux albertains sur une période relativement courte en est un exemple (Workshop Working Report (Draft), 2006). Par cette mesure, les États-Unis réussiraient à externaliser les coûts, risques et autres inconvénients associés à l’extraction du combustible dans les pays du Moyen-Orient (guerres, terrorisme), au transport du combustible (accidents), à l’extraction de sables bitumineux (GES, terres arables détruites, contamination de l’eau et des sols ) et à leur raffinage (odeurs, pollutions). L’ouverture de la filière gazière au Québec avec les projets de ports méthaniers de Cacouna et Rabaska serait, selon plusieurs, directement liée à cette politique pétrolière. Tel que le soulève le mémoire des ATQ sur le projet Rabaska, le gaz liquide est une importante composante du processus d’extraction du pétrole des sables bitumineux. La réalisation de projets hydroélectriques supplémentaires, tels que celui de la Eastmain 1A (Rupert), et la multiplication des cultures de maïs destinées aux biocarburants (ici comme au Mexique) relèveraient de cette même logique d’exportation à tout prix.


Il est donc primordial de s’interroger sur les enjeux liés à l’intégration à l’échelle continentale des politiques énergétiques. Dans ce nouvel ensemble intégré, quel rôle occupera la production énergétique canadienne et québécoise? Deviendrons-nous des zones d’exploitation répondant aux besoins des nouveaux impératifs continentaux? Pourrons-nous toujours décider de l’usage de nos ressources énergétiques alors qu’elles sont soumises à des politiques n’ayant été ni votées, ni examinées par la Chambre de nos représentants? Comment pourrons-nous aspirer à l’autonomie, à l’autogestion et à la souveraineté de nos communautés si le contrôle de nos ressources et l’orientation de notre développement énergétique se retrouvent essentiellement entre les mains d'une élite économique qui décide à distance? Notre implication face à ces enjeux dépend de la perception que nous avons de nous-mêmes : souhaitons-nous des communautés autonomes dans la définition du développement de leurs ressources ? ou souhaitons-nous simplement devenir les porteurs d’eau de l’Empire promis par le PSP?