Notre recteur est une ordure
De AmiEs de la Terre de Québec.
| | | | | |
Notre recteur est une ordure.
« Voir la gueule de ceux qui sont quelqu’un dans cette société peut aider à comprendre la joie de n’y être personne. »
– Comité invisible
« La révolution ou la mort, ce n’est pas l’expression lyrique de la
conscience révoltée, c’est le dernier mot de la pensée scientifique de notre
siècle. »
– Guy Debord
Très cher Denis,
Sache que c’est avec amertume et regret que nous nous trouvons aujourd’hui investis de la tâche ingrate de te calomnier
publiquement – et ce, jusqu’à ton abdication effective. S’il est une chose que nous ne pouvons plus tolérer, c’est bien ta
dégoulinante imposture. Tout récemment, tes piteuses menteries sur le « campus durable » nous ont paru si immenses qu’il nous
est devenu impossible de repousser à plus tard le noble devoir qui nous était imparti. Petit Denis, es-tu bien assis sur ta chaise ? Car le verdict est tombé, et il te faudra renoncer, une après l’autre, à chacune de tes navrantes et pitoyables ambitions carriéristes.Ce ne sera évidemment pas chose facile, toi qui, toute sa vie durant, a su compenser .. .... ....... par une quête ô combien frénétique et démente de reconnaissance sociale*. Or, quelque soit maintenant la tristesse affichée, l’heure de ta gloire honteuse a irrémédiablement sonné. Après tout, la vie est drôlement faite. Le sommet de la hiérarchie sociale où tu t’étais patiemment hissé n’a d’égal à présent que la hauteur vertigineuse de la chute qui t’attend. C’est comme ça et rien ne sert de gesticuler, de feindre l’enfant pleurnichard à qui l’on aurait confisqué la sucette. Sous le fardeau insoutenable de tes contrevérités, le sol de ton bureau se fissure, et il n’y a rien qui puisse nous réjouir davantage. Le seul fait de n’avoir su proférer autre chose que d’indignes illusions t’ordonne à présent de te taire.
Vouloir faire croire avec une impunité si grossière que « tous les campus verts ne sont pas durables », mais que « le nôtre
oui », c’était là franchir un pas de trop. Que cela soit dit : nous ne te portons surtout pas grief de prendre les étudiants lavaliens
pour des cons, car ils le sont effectivement (et il suffit pour s’en convaincre d’observer combien leur vulgarité s’amplifie chaque
jour d’un élan supplémentaire). En fait, il en va plutôt d’une affaire de sensibilité; nous ne voudrions pas voir notre intégrité
intellectuelle souillée davantage par d’aussi viles opérations mensongères que celles dont tu te fais si lâchement le complice.
Venant d’un recteur qui a si longtemps oeuvré à la dévastation de nos forêts (Kruger, Comact), et cela avec le dévouement le plus
irréprochable et docile qui soit, notre mépris ne pouvait que s’agrandir. Bien qu’à la rigueur, nous savons bien que tu ne sais pas véritablement ce que tu fais, et c’est peut-être là justement le plus grand drame de l’époque, qu’autant de nos contemporains soient à ce point aveugles à l’incroyable amoncellement de ruines et de catastrophes qui surplombe nos vies. Dans chaque salle de classe sied sur une table un cadavre que l’on s’efforce de ne pas voir.
L’Université Laval serait donc un « campus durable », se convainc-t-on dans les hautes sphères de la gestion lavalienne,
l’esprit repu de bonne conscience. Alors que pourtant... Pourtant... Affirmer pareille chose relève de l’élucubration criminelle pure
et simple, en plus de constituer une forme particulièrement retorse d’abus de langage. La volonté d’ériger un monde qui soit non pas seulement durable, mais aussi humain et habitable indiffère absolument l’Université Laval, quelque soit l’épaisseur apparente du make-up rhétorique dont elle s’affuble en public – telle la plus dégénérée des prostitués. Tout au plus cela suffit-il à conforter les bonnes âmes dans leur faux souci de « gestion contrôlée » d’un « environnement » dévasté.
Denis, sois un peu plus attentif au monde qui t’entoure, la seule vision de l’espace monstrueux accordé par l’Université
Laval à ses stationnements suffit à prouver l’étendue de l’amour qu’elle porte à l’automobile, ce burlesque et indécrottable «
progrès » de la modernité marchande, centralement en cause dans la dissolution urbanistique de tout ce qui permettait encore de
parler de la ville comme d’un lieu vivant. Certes, comme disait Benjamin, l’humanité est devenue à ce point étrangère à elle-même
qu’elle arrive à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre, mais, diras-tu, l’Université n’en fait
jamais trop pour satisfaire aux besoins de sa jeune clientèle branchée.
En fait, lorsqu'on y songe lucidement, au rythme actuel où vont les choses, pour que le monde soit vraiment durable, c’est
bien plutôt l’Université toute entière qu’il faudrait abolir, tant il est vrai qu’elle contribue plus que tout à la dégradation générale de
nos conditions d’existence, ne serait-ce que par la somme surprenante des programmes et formations nuisibles qu’elle se fait un
plaisir fou à transmettre. Ses publicitaires, formés à l’art visuel, au marketing et aux « sciences » de la consommation, coloniseront
nos désirs pour nourrir en croissance économique la méga-machine consumériste. Ses actuaires, allaités quotidiennement aux folies
de l’ingénierie financière, feront du monde un univers hostile où notre sort dépendra de l’efficience abstraite des calculatrices boursières. Ses journalistes, du haut de leur neutralité sanguinaire, passeront leur vie à nous expliquer comment le monde tourne sans jamais nous dire qu' il ne tourne pas rond. Ses psychologues, tous convertis aux lois divines du DSM-5, travailleront d’arrache pied au formatage subtil des êtres à coup de détestables tests psychométriques et ô combien d’autres dispositifs de normalisation. Ses merveilleux sociologues d’entreprises sauront quant à eux rendre la domination agréable et une bonne part de ses chimistes, physiciens, ingénieurs en tout genre et autres scientistes, alimenteront en innovations plus mortifères les unes que les autres, l’avidité sans fond du déferlement technologique mondial... Et que ceux qui n’ont pas été nommés se sentent tout aussi concernés,
car il n'y a plus que la soumission qui soit durable dans cette Université.
Ne reconnais-tu pas Denis que c’est l’industrialisation effrénée du monde qui est en cause, que c’est elle qui, en dernière
instance, nous a conduits là où nous sommes, celle qui prend ses sources ultimes dans l’imbrication historique qui lie la science,ses techniques et le désordre capitaliste ? Les trois copulent intimement depuis plus de deux siècles. Et l’Université n’est plus dans toute cette glorieuse histoire de cul que la chambre puante de leurs ébats continus.
Baisse alarmante de la fertilité des sols, biodiversité dévastée, enclenchement probable de la sixième phase d’extinction
des espèces, pollutions chimiques innombrables, fongicides mutagènes disséminés dans l’eau que nous buvons, cancers flottants
dans l’air que nous respirons, nuages radioactifs, nourritures empoisonnées par des particules toxiques indécelables, taux de
mercure dans le lait maternel jusqu'à dix fois supérieur aux taux autorisés dans celui des vaches, présence soutenue de pesticidesdans notre sang, prolifération d’ondes électromagnétiques et d'organismes génétiquement modifiés, expérimentation croissante des délires apprentis sorciers les plus dangereux de la géo-ingénierie post-moderne, intoxications pharmaceutiques quotidiennes,déversement de métaux lourds dans nos lacs, inquiétants désordres atmosphériques, profusion débridée de déchets nucléaires,altération de la spermato-genèse, etc. Voilà le portrait accablant qui atteste que la recherche technoscientifique a fini par faire du monde lui-même son propre laboratoire (Anders). DENIS BRIÈRE, c’est à toi que la question s’adresse : que sommes-nous d’autres à présent que les impuissants cobayes séquestrés d’un chaos sans dehors ? Pas besoin d’avoir lu Heidegger pour savoir que la science ne pense pas, que la science est sans conscience. Pas besoin d’avoir lu Debord pour savoir que « la domination spectaculaire a fait abattre l’arbre gigantesque de la connaissance scientifique à seule fin de s’y faire tailler une matraque. » Comme l’écrivait avec justesse Semprun, et il n’est certainement pas le seul à avoir été témoin de cette forme gravement répandue d'aliénation : « j’ai pu observer de près combien de brillants physiciens pouvaient être démunis, jusqu’à l’imbécilité pure et simple, dès qu’il s’agissait de comprendre dans quel monde ils vivaient. »
À côté de tout cela, le fait que l’Université soit désormais tissée dans sa chair même des impératifs du marché de l’emploi, que le coeur même de ses activités batte au rythme des fluctuations folles du Dow Jones, du NASDAQ et de Standars & Poor’s, que toutes ses promesses se soient finalement noyées dans les eaux glacées de « l’économie du savoir », que son rôle ne consiste plus qu’à « optimiser » les « qualifications » d’ « experts » devenus les rouages facultatifs d’un monde autonomisé, tournant à vide, et qui n’a plus besoin de nous pour assurer sa reproduction; tout cela parait bien dérisoire quand ce sont les conditions mêmes de la vie humaine sur Terre qui sont en jeu, c’est-à-dire la pérennité même du monde tel qu’on aurait pu faire substantiellement sens avec lui.
On le sait (sauf toi Denis), la science moderne dominante, à la remorque de sa méthode expérimentale réifiante, s’est
progressivement muée en un train d’enfer balayant tout sur son passage, contaminant tout de sa petite rationalité instrumentale
(Adorno, Horkheimer), faisant le chemin, vaille que vaille, au désenchantement du monde qu’avait identifié positivement ce vieux déchet de Weber. À l’heure du péril gestionnaire, où l’ on gère tout comme n’importe quoi, « l'écologie technocratique ne voit plus une rivière, mais un taux de nitrate, un seuil tolérable ou non de poissons morts, bref, un ensemble de paramètres, de chiffres qui contribuent un peu plus à éloigner le réel et à l’enfermer dans des cases » (Encyclopédie des Nuisances).
Petit Denis... Qu'est-ce que tu ne comprends pas ? Pendant ce temps, tes sbires se gargarisent de statistiques pour célébrerton règne à l’agonie alors qu’il est pourtant tout aussi ennuyeux que futile de mettre en chiffres les émissions annuelles de l’Université. Les gaz à effet ne sont qu’une abstraction d’experts séniles. Ne faut-il pas être éperdument niais pour ne pas voir que c’est bien plutôt dans son enseignement même que l’on peut prendre la mesure concrète des conséquences terribles entraînées par l’Université sur le monde. La faible superficie du territoire qu’elle recouvre (1,8 km²) n’est rien à côté des tentacules innombrables qui étendent leur présence mortifère partout.
Notre époque est d'un grotesque qui se passe de commentaires : tous cherchent à se faire une place dans une société qui
s'effondre; tous se précipitent pour prendre la meilleure place sur le quai d'un navire civilisationnel en plein naufrage. Et Denis, toi, tu ne sais pas encore que « l’idée de vertu n’a jamais été, d’époque en époque, qu’une invention du vice » (Tiqqun). Pour le dire en vieux termes situationnistes, ceux qui parlent de développement durable ont un cadavre dans la bouche. Au final, cher Denis, nous espérons au moins, par ce trop bref avertissement, avoir semé un brin de conscience dans le fatras d’ignorance qui t’accable.
IL SERAIT BIEN ENTENDU SUPERFLU DE SIGNER CE TEXTE, D’UNE PART, PARCE QU’IL Y A FORT LONGTEMPS QUE NOUS NE CROYONS PLUS À LA NOTION POUSSIÉREUSED’AUTEUR ET, D’AUTRE PART, PARCE QUE CE SERAIT SATISFAIRE PLEINEMENT À L’IMBÉCILITÉ POLICIÈRE AMBIANTE QUE DE LUI FOURNIR UNE OCCASION EN OR DE NOUS ASSIGNER LA RESPONSABILITÉ FUTURE DE NOS GESTES; GESTES QUI DE TOUTE FAÇON NE NOUS APPARTIENNENT PLUS. LA VRAIE PENSÉE PROSPÉRERA CONTRE CE PRÉSENT OU MOURRA. AVIS AUX CONNARDS DE L’ÉTERNEL FLICAGE : NOTRE SÉDITION N’A PLUS NI VISAGE NI NOM.
Bonne retraite Denis !
.*Le Comité Décroissance des AmiEs de la Terre de Québec a préféré censurer ici quelques mots considérés comme calomnieux. Il est de notre avis que le message livré à travers ce texte n'en est pas vraiment affecté.
Fil RSS